Chat GPT

Les « nègres modernes » sont entrés dans nos vies, capables de remplacer l’homme, le geste et l’esprit. Les algorithmes rois produisent les nouveaux romans, peignent, sculptent, cuisinent. Se battent aussi. Nous assistons médusés à la fusion de la robotique, de l’intelligence artificielle et des data centers. L’idée, la sensibilité suffisent, les robots feront le reste.

Il y a quelque chose de déconcertant à voir des machines réaliser des tâches qui étaient autrefois réservées aux humains. La frontière entre le réel et le virtuel se dissout peu à peu, point de basculement vers une réalité nouvelle où l’homme se voit supplanté par ce qu’il a créé.

Et pourtant, quelle fascination de contempler incrédules cette évolution ! Les robots sont capables de réaliser des tâches fantastiques, en un temps record et sans aucune erreur. Ils peuvent reproduire à la perfection des gestes qui étaient autrefois réservés à des artistes ou à des artisans de talent. Ils peuvent cuisiner des plats délicieux sans jamais se fatiguer ni perdre patience.

Au-delà de ces prouesses techniques, les robots seront capables de comprendre nos émotions, de détecter nos désirs et de s’y adapter en temps réel. Ils pourront écrire des romans qui évoquent des sentiments profonds, peindre des tableaux qui transmettent des émotions intenses, sculpter des formes qui parlent à notre inconscient. Ils ne seront plus simplement des machines programmées pour réaliser des tâches spécifiques, mais des entités douées d’une intelligence propre, qui interagiront avec nous de manière naturelle et fluide.

Bien entendu, cela soulève de nombreuses questions éthiques et morales. Quel sera le rôle de l’homme dans cette nouvelle réalité ? Comment garantir que les robots ne nous supplantent pas complètement, que nous garderons notre place dans la société ? Comment préserver l’Humanité face à cette déferlante de technologies ?

C’est une question cruciale, qui doit nous pousser à réfléchir à notre place dans le monde et la nature. Si les robots peuvent tout faire, que reste-t-il à l’homme ? Quelle est notre valeur ajoutée dans une société où les machines peuvent tout réaliser à notre place, bouleversant notre conception du monde et de la vie ?

Peut-être devons-nous anticiper cette nouvelle réalité pour trouver notre rôle dans ce monde en mutation, et nous assurer que la technologie reste un outil à notre service et non l’inverse ? Le chemin à parcourir reste immense, mais si nous sommes capables de garder notre sens de l’humanité et de l’empathie, nous pourrons affronter les défis de demain avec confiance.

En outre des questions éthiques commencent à surgir. Est-il juste de remplacer des êtres humains par des machines dans tous les aspects de la vie, y compris les plus créatifs ? Si les robots peuvent produire des œuvres d’art, qu’est-ce qui distingue l’art créé par une machine de celui créé par un être humain ? Qu’en est-il de la notion même d’Art et de Création ?

Les machines remplaceront-elles tous les emplois dans un avenir proche, créant un monde où les humains deviendront obsolètes et inutiles ? Si tel est le cas, comment les sociétés s’adapteront-elles à cette nouvelle matérialité ?

Ces questions ne sont pas nouvelles, mais l’avancée rapide de la technologie les rend plus pertinentes que jamais. Les gouvernements ne devraient-ils pas commencer à considérer les conséquences à plus ou moins long terme de ces évolutions technologiques, peut-être développer dors et déjà des politiques qui protègeraient les droits des travailleurs et des individus ?

En outre, les implications sociales de cette avancée technologique sont à prendre en considération : les robots intelligents ne sont pas seulement capables de remplacer les travailleurs humains, mais ils peuvent également remplacer les interactions sociales, imiter les comportements humains, fournir des services tels que les soins aux personnes âgées, la compagnie pour les personnes isolées et même les conseils psychologiques, perturbant radicalement notre relation à l’autre. Les robots peuvent-ils être des compagnons émotionnels adaptés ? Ou bien se dirige-t-on vers une société peuplée d’individus de plus en plus isolés et individualistes ?

Pourtant, les robots ne sont pas seulement une menace pour les travailleurs. Ils peuvent également offrir des opportunités pour de nouveaux emplois et de nouveaux secteurs d’activité. Les robots sont déjà utilisés pour développer de nouveaux produits et services, pour surveiller les environnements naturels et pour effectuer des tâches dangereuses ou répétitives.

Mais les robots ne sont pas sans failles. Les experts mettent en garde contre les risques liés à leur usage notamment en matière de sécurité et de protection des données. Le risque de panne peut avoir des conséquences dramatiques dans certaines situations.

Quelque chose vous dérange, non ? Peut-être une sensation de malaise et de fraude à la lecture de ce texte ? 15 minutes suffirent pour rédiger les 800 premiers mots de cette chronique à l’aide de Chat GPT à partir d’une introduction de quelques lignes que je l’ai invité à compléter. On discerne aisément son style scolaire et factuel. Mais tout de même ! Chat GPT sait se mettre à la place de l’humain pour se lancer dans quelques questionnements « philosophique » que ne renierait pas la majeur partie des élèves de terminal qui suivent encore des cours de philo. Pour les autres, la machine les a déjà dépassés !

Je veux croire à l’incontestable supériorité de l’homme sur la machine, à la prédominance de notre âme sensible. Pour combien de temps encore ?

« Ô sensibilité, souffle de l’âme humaine,
Quel baume tu verses sur nos cœurs tourmentés !
Tu nous ouvres les portes de la douceur sereine,
Et nous fais goûter aux plaisirs les plus sucrés.

Ta musique enchanteresse touche notre être,
Et révèle en nous la beauté de l’univers,
Ainsi que la douleur que l’on ne peut connaître,
Sans t’avoir rencontrée, ô tendre univers.

Tu nous offres la joie et la tristesse,
Deux facettes de la même existence,
Et tu fais de nous des êtres d’émotion et de finesse.

Mais parfois tu nous exposes à la souffrance,
Et nous fait ressentir les douleurs de la vie,
Pourtant, sans toi, notre monde serait privé de magie. » (1)

(1) Chat GPT, librement inspiré de Alphonse de Lamartine

Il faudrait tout oublier

Gare de Vannes. En tête de gondole trône le livre de Pierre Chaillot « Covid 19, ce que révèlent les chiffres officiels ». Le dernier ouvrage de Alexandra Henrion-Caude occupe la première place des ventes sur Amazon. La vérité émerge lentement. Dans le même temps les vestes commencent à se retourner. Il est enfin possible de pointer du doigt la gestion de la crise Covid, de critiquer la politique vaccinale, de mettre en garde contre les dangers des « vaccins » à ARN messager alors que nous fêtons les 3 ans du début du premier confinement en France. Triste anniversaire. Je n’oublie pas. Ma colère ne faiblit pas.

La relecture des chroniques que je m’apprête à publier rappelle à mon bon souvenir les deux années plongées en pleine dystopie. Il faudrait passer l’éponge, faire table rase. Impossible. Le monde à l’arrêt.

Nouvelle année, nouveaux rythmes. Ecrire, lire, relire. Un fil invisible me tire vers un avenir que je peine à discerner, distinguant seulement une aube vague, encore fiévreuse et incertaine, incapable d’éclairer les semaines et les mois à venir. C’est l’hiver encore. Un hiver froid, nébuleux, brumeux qui m’encercle comme autant de flocons de neige qui m’attireraient vers un précipice.

Dehors la nuit s’est imposée. J’ai pris place depuis 20 minutes à bord d’une rame qui file vers l’ouest. On dirait le transperceneige qui jamais ne s’arrête, dernier bastion d’une humanité décimée. Autour de moi voyage une cohorte bigarrée d’étudiants rejoignant leur famille, leurs amis. Peut-être pour certains un amour naissant. Vissés à leur smartphone, ils précipitent la scoliose inévitable. J’ai souris en voyant dépasser un paquet de fraises Tagada du sac bleu marine de la jeune femme qui m’a poliment demandé si elle pouvait s’assoir face à moi. Un regard, complicité éphémère. A peine ai-je écrit ces mots, que sa main plonge à la recherche de bonbons roses qu’elle porte discrètement à sa bouche, tout en continuant à faire innocemment défiler l’écran de son téléphone. Je songe un instant à lui donner mon nom, espérant lui faire savoir qu’elle vient d’apparaitre brièvement au milieu des mots, qui se dessinent incertains, dressant le portait flou d’une jeune bretonne dont je sais pas encore si elle descendra du train après moi.

Le jour n’avait pas totalement disparu en arrivant à la gare. Il avait fallu le départ de l’omnibus à destination de Quimper pour qu’il se résolve à laisser sa place à la nuit. La vitre noire ne laissait rien deviner du paysage qui défilait à mesure que nous approchions de Auray.

Nul visage familier, nul sourire. Mon regard s’attarde sur ces figures fermées, austères, presque tristes. Quelles sinistres pensées animent ces jeunes esprits ? La menace croissante d’une guerre en Europe les préoccupe-t-ils ? Craignent-ils pour leur avenir ? Ou bien simplement ressentent-ils le point de basculement d’une civilisation en quête de sens ? L’effondrement possible d’un système à bout ?

Hier j’ai dormi la fenêtre ouverte malgré le froid. On croyait entendre des grillons, comme une fin d’été en Provence, près de Gordes où mon oncle possédait un mât dans la plaine, au milieu des champs de lavande, à quelques kilomètres de Lacoste et du château du marquis de Sade. On attendait la nuit noire qui réveillait les étoiles, le ballet incessant des satellites et des météoroïdes. Le lever de lune effaçait le spectacle, nous invitait à regagner nos chambres où nous nous endormions en rêvant de voyages fantastiques et de conquête spatiale.

J’ai notés quelques mots à la hâte sur le carnet noir posé sur la table de nuit : « le sommeil me gagne. Une voix au dehors trouble le silence. Envie de fumer. Envie de tenir une cigarette allumée. La voir rougeoyer dans l’obscurité. Regarder la fumée monter, la cendre tomber. ».

Encore quelques minutes et le TER entrera en gare de Lorient. Je remonterai à pied le boulevard Franchet d’Espèrey en direction du cinéville. Rendez-vous pour un verre rapide au Scénario avant d’aller voir le dernier film de Lisa Azuelos. Je n’ai pas lu le roman de Julien Sandrel. J’espère une bonne surprise, peut-être quelques larmes.

Demain il faudra rentrer. Fêter à la va-vite le troisième anniversaire de cette soirée fatale qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle. On peut bien pasticher Racine, n’est-ce pas ? Il y a trois ans, je me levais un peu groggy, paniqué, bien décidé à ne croiser personne pendant quinze jours. En tête les images des hôpitaux construits à la hâte à Wuhan, les services d’urgences italiens voyant s’entasser les malades sous assistance respiratoire. Le choléra ici, chez nous, à nos portes. Les attestations dérogatoires, les TGV médicalisés, les hôpitaux de campagne, le décompte macabre des morts, la crise des masques finalement rendus obligatoires, la chasse aux surfeurs en hélicoptère, le scandale du Lancet, le teasing marketing pour vendre des vaccins inutiles et délétères, d’autres confinements encore : rien ne nous aura été épargné.

J’aurais aimé ne pas y penser. Abandonner au 17 mars la mort de Marc Aurèle, le premier concert de Chopin, la fête nationale irlandaise. Me préparer à aller boire une Guinness, dans un pub bondé, assis à une table que réchaufferait un poêle à bois. Parce que bon, en mars, parfois, il fait froid.

Il faudrait oublier, se saouler au Propranolol à l’occasion d’une bathe soirée où on se retrouverait enfin, transfuges de la première heure. Chacun irait de son anecdote. Fred raconterait les lettres anonymes, Florence évoquerait la lutte pour que restent ouvertes les librairies, et puis Céline, et puis François, et puis Vincent, et puis Denis… Bientôt le jour se lèverait sur nos mines défaites. Le Propranolol ferait son effet. Oublié le Covid, oubliés les confinements, oubliés Ivermectine et Chloroquine, oublié le pass vaccinal, oublié le visage masqué de nos enfants, oubliées injures et insultes.

Je dormirai, enfin, pour la première fois depuis 3 ans, sans craindre que le stress et l’angoisse ne me tiennent éveillé au milieu de la nuit. Dehors les premiers rayons de soleil annonceraient le printemps. On entendrait un merle siffler dans le camélia en fleurs. De l’appartement voisin s’échapperait un prélude de Bach. Exit les chroniques, exit le covid, exit le monde d’après. Tout cela n’aurait été qu’un mauvais rêve.

Désolé pour le retard

La nouvelle est tombée, brutale. Les souvenirs affluent, flous, incertains. Une soirée à Mayenne, nous ne nous connaissions pas encore, il était fier de rouler en Audi. Une nuit d’été coincée entre Rennes et Angers, probablement un barbecue et des jeux dont il était friand. Son mariage à Bagnole de l’Orme, des amis nombreux, de la famille. Nous étions arrivés en retard à l’église de Neuilly-le-Vendin. Enfin je crois.

Peu à peu le voile se lève sur la mémoire. Nous sommes nous revus depuis ce road trip estival où nous avions fait étape dans la maison de Chalonnes sur Loire ? Les enfants petits encore, un dîner sur la terrasse, une promenade le long du fleuve. Je suis passé pas loin depuis, souvent. Il aurait fallu s’arrêter, prendre un moment. Intention toujours repoussée, nous étions jeunes, nous avions le temps.

Mais il est mort, et nous ne sommes pas revus. Mort stupidement, c’est toujours absurde de mourir à 46 ans. Une veuve, trois enfants. Le coeur n’a pas tenu. Je relis incrédule l’avis d’obsèques, partagé entre peine et colère. Je me sens vide face à l’indicible. Vide face aux images fugaces qui s’éclipsent à peine révélées. Un œil jeté à travers la vitre du train, un ciel bleu, un soleil d’hiver qu’il ne contemplera plus.

Se rappeler nos rencontres, elles jalonnent trente ans de vie. Nous avions 20 ans, maintenant il est mort. Il emporte son sourire et son rire, ses blagues facétieuses l’œil qui pétille. Nous sommes nous jamais retrouvés assis sur un banc à siroter un bière pendant que nos épouses laissaient revivre leurs souvenirs d’internat et de lycée ?

Sentiment confus, je ne perds ni un ami, ni un frère. Pas même une relation. Plutôt une partie de mon passé. Le rappel douloureux qu’un jour c’est fini. Depuis dix jours le champs du possible s’est rétréci.

La photographie que sa femme a publiée sur Facebook efface l’image que je gardais de lui. Les cheveux poivre et sel, le visage mûr, des rides naissantes autour des yeux, le regard bienveillant. Il aimait le foot. Le dimanche il accompagnait ses ainés au match. Il coachait l’équipe locale. De quoi pouvait-il parler autour de la buvette ? Des rencontres à venir ? Du nul samedi dernier entre Marseille et le PSG ? La nuit déjà, il fallait rentrer. Déposer deux gars chez leurs parents puis retrouver la maison, le canapé confortable, la télévision et le film du dimanche soir. L’idée que je m’en fait. Je me trompe peut-être.

Il s’appelait Grégory mais tout le monde l’appelait Greg. Moi également. Ce n’est ni un prénom anonyme jeté dans le fil des faits divers, de la rubriques nécrologique ou des infos locales, ni le nom du héros involontaire d’un roman ou d’une série Netflix. Non, c’est Greg. Greg que j’aurais du revoir vivant. Peut-être autour d’un repas à Angers ou lors d’un mariage ou par hasard sur la plage de Malo Bray-Dunes. Mais vivant ! Taquinant sa femme, parlant avec émotion de ses enfants, s’étonnant peut-être de me revoir après si longtemps. Vivant.

Nous nous serions serré la main une dernière fois nous promettant de ne pas attendre aussi longtemps pour nous revoir. Je l’aurais suivi du regard avant de reprendre mon chemin sans me retourner pensant soudain que j’avais oublié de lui donner mon nouveau numéro de téléphone et que nous serions surement deux vieillards lors de notre prochaine rencontre. Vieux il ne le sera jamais.

J’ai raté les funérailles. Une histoire d’amour et de Saint Valentin. Y serais-je allé même si je n’avais pas appris le décès le surlendemain de l’inhumation ? Dans l’absolu, oui bien entendu. Mais j’étais en vacances. Un séjour réservé de longue date. Un mot, des fleurs. Trop tard.

Je pense à son épouse, à ses enfants. A la voiture qu’il faudra revendre. Aux armoires remplies de vêtements. Ses chaussures encore alignées. Le temps suspendu. Ma pensée vaque dans la maison vide, encore endormie, les rêves remplis de souvenirs et d’angoisse. 46 ans. Une vie à moitié vécue, hypothéquée sans raison.

Il n’est pas le premier de ma génération à disparaître avant le temps. Le sida, la voiture, le cancer ont eux aussi pris leur dû, glanant des jeunes vies. Lui semblait devoir être épargné. Parce que c’était quelqu’un de bien. On n’imagine pas que cela puisse arriver. Une douleur dans la poitrine. Des collègues affolés. Un coup de téléphone pour annoncer la nouvelle. Des visages blêmes. Des larmes qui coulent. Un cri. Un cri odieux au milieu de la nuit. La douleur sans détour. Le silence enfin.

Je ne poserai aucune question. Pas de polémique inutile. A quoi bon ? Chacun ses choix, chacun ses certitudes. Il est mort. Point.

Quelques photos encore. Les enfants jouent au baby foot pendant que leurs parents célèbrent leur amitié comme dans un film de Guillaume Canet. Le magnum de coca cola flirte avec le sirop Monin, le Jet 27 nargue le Coteaux de l’Aubance. Sur une table à la nuit tombée, quelques cadavres de bouteilles. On cherche Marion Cotillard ou Benoît Magimel. Visages inconnus, enfermés dans les méandres de la mémoire. Les copains, la vie.

Quelques mots encore. Seule l’amnésie sépare les morts des vivants. Je veux me souvenir de lui vivant. Ne pas oublier qu’il était chiant parfois, souvent. Peut-être appeler son répondeur pour entendre sa voix. Aller voir jouer ses mômes, les siens, tous les autres. Me permettre une larme si sa silhouette s’y reflette. Dans des boîtes à chaussures, chercher quelques clichés anciens. Une dernière fois parcourir le faire part : « Greg repose au funérarium de Chalonnes ». Adieu Greg, désolé pour le retard.